| Publication en Allemagne d’une étude sur la logistique verte L’avenir est vert |
20. janvier 2010 | ||
|
AUTEUR : PROFESSEUR PAUL WITTENBRINK* L’Association Materials Management, Purchasing and Logistics (AMMPL), Francfort, et l’Ecole supérieure de formation en alternance du Bade-Wurtemberg (Duale Hochschule Baden-Württemberg) viennent de présenter les résultats d’un sondage sur la logistique verte. Dans les transports, cette dernière a gagné en importance au fil des ans. Et cette tendance s’inscrit dans la durée.
Les activités des entreprises dans le domaine de la logistique verte progressent malgré la crise. Chargeurs et logisticiens ayant la fibre écologique jouissent d’avantages concurrentiels. Il est fréquent que le transfert de la route au rail ne soit pas possible. Pour y parvenir, la volonté politique est de mise. C’est ce que montre en grande ligne une étude réalisée entre le 7.9.2009 et le 16.10.2009 par l’Association Materials Management, Purchasing and Logistics (AMMPL/Bundesverband Materialwirtschaft, Einkauf und Logistik BME) avec le concours de l’Ecole supérieure de formation en alternance du Bade-Wurtemberg, Lörrach (Duale Hochschule Baden-Wurttemberg). 171 entreprises y ont participé.
Il y a belle lurette que la logistique verte n’est plus un sujet exotique: près des deux tiers des sociétés interrogées disent que la logistique verte joue aujourd’hui un rôle très important pour elles ou que ce sera le cas ces trois prochaines années. Pour 68% d’entre elles, enregistrer et réduire les émissions de CO2 est extrêmement important et près de 60% cherchent à décrocher une certification environnementale. Miser sur un regroupement plus conséquent de leurs activités avec celles d’autres chargeurs, c’est ce à quoi va se consacrer environ la moitié des entreprises. C’est, considèrent-elles, nettement plus important que les possibilités d’un transfert vers le rail et le fluvial. Voilà qui montre les limites du transfert. La logistique verte est à ce point importante qu’on se demande bien quelles en sont les raisons. 33% des entreprises expliquent à ce propos que si actuellement les émissions de CO2 ne sont pas encore un gros facteur de coûts cela va changer à l’avenir (56%). Aussi se préparent-elles à de probables augmentations à venir des coûts.
Protéger l’environnement est un facteur concurrentiel Les exigences des clients sont décisives. Les trois quarts des entreprises expliquent intégrer une dimension environnementale à leurs activités sous l’effet de la prise de conscience environnementale croissante de leurs clients. La protection de l’environnement se révèle être de plus en plus un facteur de concurrence. Mais les clients ne sont pas les seuls à peser dans ce contexte. La conscience environnementale allant aussi croissante au sein de la population, il est important que les entreprises se préoccupent d’environnement, estiment 85% d’entre elles. Il y va de leur image. L’AMMPL/BME avait déjà réalisé ce type de sondage il y a deux ans. A l’époque, une bonne partie des entreprises réalisait déjà l’importance croissante de la protection de l’environnement. Mais à ce moment-là, les conditions économiques étaient nettement meilleures. Or dans la situation conjoncturelle qui est celle d’aujourd’hui il ne serait pas surprenant que les entreprises fassent machine arrière sur le plan de leur programme environnemental. Aussi leur a-t-on demandé quelle est leur attitude à cet égard dans le contexte économique du moment. Le résultat est intéressant: 68% des entreprises ne changent rien à leurs activités environnementales. 13% vont même jusqu’à les augmenter. Seules 18% d’entre elles les réduisent tandis que 1,4% les suppriment. Ce qui prouve bien que la logistique verte n’est pas juste un sujet à la mode dont les jours sont comptés et que l’on a tôt fait d’oublier lorsque l’économie est mise à mal. C’est tout le contraire: la logistique verte est une tendance qui s’inscrit dans la durée et dont la pertinence est élevée, y compris en temps de crise. Les entreprises ne restent pas les bras croisés. Nombreuses sont celles qui ont déjà mis des mesures en œuvre ou en ont programmé, p. ex. plus de regroupements d’envois, formation de chauffeurs, adoption de la télématique, de pneus économes en carburant ou encore diminution des transports express.
Toujours fort à faire du côté du rail Le transfert du trafic vers le rail joue ici un rôle accessoire. Ce qu’explique le manque de rapidité et de souplesse du mode ferroviaire. En période de diminution des stocks, ce sont des facteurs qui gagnent en importance (cf. page 37). 44% des entreprises attendent un meilleur service clientèle de la part des chemins de fer marchandises. C’est beaucoup plus important que les prix. Quasiment la même question avait été posée lors du sondage AMMPL/BME de 2007. Il est intéressant de noter que les résultats sont cette fois-ci sensiblement les mêmes: il reste toujours fort à faire du côté du ferroviaire. Il a encore d’énormes potentiels. Mais il faut être réaliste: bien des entreprises n’ont guère la possibilité de se tourner vers lui car elles n’ont pas d’embranchement (56%), ou un volume insuffisant d’envois pour remplir des caisses mobiles et wagons entiers sur certains trajets. Bien des transports échappent au chemin de fer faute de regroupement important des envois pour arriver à des quantités suffisantes et faute de sites de transbordement.
Des prix pas plus élevés Comme le recours au mode ferroviaire ne convient pas à tous les envois, il se pose la question de savoir comment les chargeurs réagissent lorsque pour réduire le CO2 les logisticiens font des dépenses dépassant le cadre légal. Résultat du sondage: très peu d’entreprises sont disposées à payer un prix plus élevé (5%). A rapport qualité-prix comparable, presque 90% des entreprises donneraient la préférence à ce type de prestataire de services. A la même question posée il y a deux ans, elles étaient environ 80%. Ce qui souligne l’importance croissante de la logistique verte comme facteur concurrentiel.
Il faut une volonté politique Hormis les chargeurs et prestataires de service, le monde politique a lui aussi un rôle à jouer dans la réduction des émissions de CO2. Comme lors du sondage de 2007, près de 81% des entreprises réclament plus de mesures pour réduire le CO2. Seules 5% d’entre elles estiment que les mesures vont trop loin aujourd’hui et 14% qu’elles sont suffisantes. On en tire deux conclusions: d’une part les entreprises pensent que le monde politique n’a guère fait de progrès ces deux dernières années; d’autre part le thème de la réduction du CO2 ne perd absolument pas de son importance même en période de crise. Pas loin des deux tiers des entreprises souhaitent davantage d’instruments d’économie de marché. Près d’un quart des entreprises demande en plus que le trafic de marchandises soit intégré dans le commerce des émissions de carbone. Seules 11% d’entre elles sont favorables à des lois et interdictions supplémentaires.
Les entreprises attendent une reprise économique Opter pour la logistique verte est très important en période de sinistrose économique. Il faut s’attendre à ce que cela le soit encore davantage au fil de la reprise économique. Le sondage pointe le doigt sur d’intéressantes perspectives. Aujourd’hui plus de 80% des entreprises estiment la situation économique de leur branche plus dégradée qu’il y a deux ans et près de la moitié s’attend à une amélioration dans le courant des douze prochains mois. La reprise économique s’accompagnera d’une hausse du volume de transport, ce qui générera pratiquement automatiquement de nouveaux défis en matière de logistique verte. * Professeur transport et logistique, Ecole supérieure de formation en alternance du Bade-Wurtemberg, Lörrach - retour vers Numéro en cours |
|||







